Les prolongations à Davos
Les prolongations à Davos

Plus connu pour réunir les grands de ce monde, Davos, station huppée des Grisons en Suisse est aussi réputée pour la qualité de ces trails et itinéraires VTT. Mais comme ce n’est pas la porte à côté, les français n’y vont pas souvent. Et ils ont tort…

Crédit – Cédric TASSAN

J’aime la Suisse, ce n’est pas un scoop. Et j’aime encore plus ce pays quand je vois que les remontées mécaniques sont ouvertes dans les principaux grands domaines jusqu’à quasiment fin octobre ! Et avec les mêmes horaires qu’en plein été ! C’est magique, car, quand tout ferme en France dès la rentrée scolaire (ou presque), on peut largement jouer les prolongations en Suisse.

Mais Davos, ce n’est pas une simple station de montagne, c’est une petite ville charmante ultra cotée. Et en ce sens, il faut avoir un budget assez large pour venir y passer quelques jours. Ici, tout coûte 50% plus cher qu’en France. Parfois, selon le produit ou le service, c’est même quasi le double. Par exemple, un forfait d’une journée coûte plus de 50 euros ! A ce prix-là, o ne va pas trop s’attarder en terrasse ! L’idée est de cumuler du dénivelé négatif ! Cependant attention, venir ici en fin de saison c’est prendre le risque d’avoir de la neige sur les sentiers car dans les Grisons le climat est capricieux. Avant de se déplacer, il faudra viser juste. Mais si les conditions sont au rendez-vous, alors la magie opèrera ! Pour moi, les choses étaient claires. Il y a quelques années, j’avais voulu venir début juillet et il y avait trop de neige. Certains trails et secteurs étaient totalement fermés. Donc j’ai jeté mon dévolu sur la fin de saison mais avec une petite appréhension quand quelques jours avant il s’est mis à neiger.

Crédit – Cédric TASSAN

En arrivant sur Davos, l’air froid est prisonnier du fond de la vallée. Tout est givré de partout et l’ambiance est cristalline. En sortant du véhicule, l’air me saisit et la lumière frappe déjà les sommets, mais en bas c’est encore la pénombre. Je doute de la possibilité de rouler sur les parties hautes tellement il y a de la neige sur certains versants. Je prends quelques renseignements auprès du personnel des remontées mécaniques. Personne n’a l’air très stressé. Pour moi, c’est le signe que les conditions sont encore bonnes. Je prends mon forfait journée !

Crédit – Cédric TASSAN

J’embarque dans l’immense télécabine du Jakobshorn. En quelques minutes, il me propulse au sommet de la montagne. Je suis à plus de 2500 m et le sommet est recouvert de neige ainsi que de glace. Il règne une atmosphère polaire malgré le franc soleil. Je ne traine pas et me dirige vers le point de départ des trails du secteur. A première vue, je décide de mettre de côté une des deux descentes que j’avais vu. Mal exposée, elle est enneigée jusqu’en bas dans la vallée. Je prends l’option de la crête. La vue qu’elle m’offre est à couper le souffle. Tout en bas Davos et son lac, et face à moi, un sentier totalement enneigé. Je reste prudent les premiers mètres car c’est assez exposé et je ne sais pas encore si le grip est bon. Après avoir atteint une seconde crête, le sentier file dans les étendues blanches. Il est tombé une vingtaine de centimètres de neige et les piétons qui sont passés avant moi ont parfaitement damé l’itinéraire. C’est magique. Je n’avais jamais roulé un sentier avec autant de neige ! Au début un peu sur le frein, je prends confiance petit à petit et fini par presque rouler comme si c’était sec. C’est presque mieux car les pierres sont solidifiées par le gel et la neige offre un joli revêtement qui amorti les trajectoires. L’avant ne flotte pas tant que ça si on le charge un peu plus que d’habitude. Je file longuement ainsi et perd un sacré dénivelé. Quand je repasse côté soleil, la neige se met à fondre et le trail devient boueux par endroit. En repassant dans les bois, je tombe sur quelques zones bien glacées. Une me surprend : le passage est bien technique, dans les blocs caparaçonnés de glace. Je force mon regard vers le lointain, reste bien fluide sur le vélo, joue des freins avec parcimonie pour garder une bonne vitesse. Le passage est impressionnant mais finalement je sors de la zone sans encombre. Plus bas, le sentier descend droit dans les grosses pierres. Heureusement la neige a disparu, j’arrive enfin au fond de la vallée après une descente magnifique et technique.

Crédit – Cédric TASSAN

Je me laisse filer sur une jolie piste, croise quelques randonneurs qui viennent profiter de cette journée magnifique. Plus bas, un câble est tendu sur la piste. Des fermiers tentent désespérément de faire traverser un troupeau de vaches. Malheureusement, un veau récalcitrant n’en fait qu’à sa tête. Il a une peur bleue de la piste et ne veut absolument pas la franchir pour rejoindre ses congénères et gagner un autre champ plus bas. Je décide de prêter main forte à ces fermiers et m’improvise cowboy le temps d’un instant. Mais même avec ce renfort, impossible d’y arriver. Le veau nous fonce dessus, il faut le maitriser de tout son poids pour lui faire faire demi-tour. On appelle la maman à la rescousse pensant que l’animal la suivra. La mère est aussi têtue que son fils, elle gambade n’importe où, je dois même m’opposer physiquement à elle. La fermière à coups de baguette vient mettre terme à ce corps à corps ! Se battre avec une vache, épique ! Au bout de 20 minutes, avec l’heure qui tourne, je quitte ces agriculteurs sans avoir pu réussir ma mission.

Je rejoins Davos, le soleil a fini par inonder la vallée. Je prends en face le magnifique funiculaire qui grimpe droit dans la pente. Les installations suisses sont toujours de toute beauté. Tout en haut, je retrouve la neige et l’ambiance glacée. Pour le début, je suis les pistes de ski puis bascule dans une vallée incroyable. Le sentier traverse la montagne, il est totalement suspendu dans le versant nord. Tout est recouvert de neige encore une fois et j’en prends plein les yeux. Plus loin, le sentier est taillé dans la falaise, une portion de pédalage me permet d’admirer le paysage. De l’autre côté, je retrouve le soleil éblouissant et un restaurant d’altitude ouvert et bien rempli. C’est magique de voir autant de monde en terrasses en plein mois d’octobre ! Je décide de faire comme eux et m’attable face à la vallée. Je commande une spécialité locale à base de pommes de terre, oeufs, jambon, fromage. C’est succulent ! Après un copieux dessert, je règle l’addition bien salée, une cinquantaine d’euros… Se remettre sur le vélo demande un peu d’énergie après une telle coupure. Surtout que la suite du sentier grimpe ! C’est encore une très belle traversée où j’en prends plein les yeux et qui me ramène à la gare intermédiaire du funiculaire. Rebelotte, je rejoins le haut du domaine.

Crédit – Cédric TASSAN

Cette fois-ci, je décide d’explorer une vallée perdue située au nord de Davos. Je sais que la boucle est longue et j’aimerais encore profiter d’un dernier télécabine avant la fermeture. Il ne va pas falloir trainer. Au début, je rencontre beaucoup de neige, je dois composer avec le terrain, jouer avec les traces déjà au sol qui souvent sont plus glissantes qu’autre chose. Il vaut mieux viser la neige fraîche. La neige est tenace, je pensais qu’elle disparaitrait plus rapidement. La pente est faible, dès fois je dois pousser tellement il y en a. Ça commence à sentir la galère. J’atteins un promontoire qui domine un magnifique lac. Juste après, la neige s’estompe d’un coup. Mais c’est sans compter la boue ! C’est un carnage, en quelques mètres, je suis crépi de la tête au pied ! Il faut pédaler dans un bourbier infâme, jongler avec les bords, plonger dans les flaques… Plus loin, c’est la bascule dans la vallée, le trail est très joli mais souvent glacé car il passe à l’ombre. Les passages des ruisseaux cristallisés sont épiques. Quand j’entre dans la forêt, la boue disparaît. Je peux enfin prendre un monstre plaisir sur le vélo. Et puis la nature me régale avec la rencontre d’un couple de chevreuils pas farouches du tout ! Je garde le rythme, je vois l’heure tourner. Plus bas, je suis une piste bien plate où je dois pédaler tête baissée pour ne pas perdre trop temps.

Crédit – Cédric TASSAN

Finalement, j’arrive au pied du télécabine de Gotschnagrat 5 minutes avant sa fermeture. Je monte dans la dernière benne. La lumière au sommet tient toutes ses promesses. La crête est inondée d’un soleil doré. Il n’y a plus qu’ici qu’on peut en profiter. J’entame la descente sur un sentier ludique mais aussi très boueux. Il joue avec le relief, passe à travers des champs de pierres monolithiques puis plonge dans l’ombre. Là, je retrouve la neige, la glace, des passages techniques, des rochers. Pour une dernière descente, je suis servi ! Ça tape ! Et il faut rester concentré. Déjà en temps normal, ce n’est pas une descente facile, mais là, avec de telles conditions, la difficulté monte d’un gros cran. Plus bas, je coupe à travers les alpages pour traverser au mieux. Si je descends trop, je vais me retrouver bien plus bas que Davos. Une fois revenu sur la route principale, je me dirige vers la première gare. Car en Suisse, il est très facile de prendre le train avec un vélo. Malheureusement le prochain Bernina Express ne passe pas avant 25 minutes. Je décide de finir à vélo ma journée et rejoint Davos quand la nuit commence à pointer. Je viens de boucler une magnifique journée dans ces belles montagnes suisses, il est temps d’aller se mettre au chaud.