Direction Madère
Direction Madère

Alors que le monde se replie sur lui-même depuis 2020, que les voyages deviennent de plus en plus compliqués, est-il encore possible de partir rouler à l’étranger ? Cap sur Madère avec Cédric Tassan, pour une bouffée d’air frais dans un monde oxygéné par la peur…

Ride, Spot & SUNN

Chaque année, je découvre plusieurs pays. Finalement, en 2020, même si j’ai du reporter de nombreuses destinations, je ne m’en suis pas si mal sorti. Je m’étais dit, comme beaucoup, que ça irait mieux en 2021… Ah, quand tu es trop optimiste… La fin d’année approche et les perspectives de voyagent se bouchent. J’insiste quand même pour trouver une destination. Je sens ma petite voix intérieure qui me dit de passer outre les messages alarmistes diffusés dans les médias. En gros, remettre un peu de raison dans tout ça.

J’ai plusieurs projets en tête, certains plus ou moins éloignés. Je mets de côté tout ce qui est trop loin, incertain et compliqué à organiser. Les restrictions dans certains pays sont assez lourdes et strictes depuis déjà pas mal de temps. Cela me semble difficile d’espérer un assouplissement prochainement. Les nouvelles à répétition sont anxiogènes, tout est fait et dit pour ne pas bouger. Pour autant, on peut toujours s’entasser dans les transports en commun ou dans les magasins. Je tente de garder la tête froide.L’hiver, j’aime bien profiter du soleil et de la douceur. Je lorgne du côte de l’Océan. J’ai déjà visité les Canaries, je me penche alors sur Madère.

Je sais que l’île est bien connue pour ses trails, ses parcours enduro. Sa réputation n’est plus à faire. Après avoir discuté avec plusieurs agences locales, je crée des liens avec Jérémy de chez Bikulture. Jérémy est français, installé sur l’île depuis quelques années. Il comprend très vite ce que je recherche, s’adapte facilement à mes demandes et répond de manière professionnelle. Je ne sens ni amateurisme ni usine à riders comme j’ai pu le constater chez d’autres.

Je monte un groupe de 4 riders assez rapidement. Même si le contexte n’est pas facile, finalement, les potes répondent vite présents. L’épidémie s’enflamme un peu de partout en Europe, les variants anglais, brésiliens et sud-africains inquiètent les autorités sanitaires des pays. Le Portugal, dont Madère est rattaché, repasse en confinement total… Madère, province autonome tout de même, et pouvant contrôler plus facilement ses entrées et sorties, adopte un couvre feu similaire à celui de la France : tous rentrés à 19h. Il n’y aura pas de resto le soir. Enfin,, un test PCR négatif, dans les 72h avant d’arriver sur Madère est indispensable.Finalement, de 4, nous passons à 3. Jérémy accepte malgré ce désistement de nous guider. En France, quelques jours avant de partir, les restrictions sur les voyages sont votées : il faudra un test PCR au retour ! En attendant, je fais le test de départ. Je reçois les résultats en fin de journée, je suis négatif ! C’est la bonne nouvelle ! Toutefois, elle est vite balayée par le test positif de mon ami Djilou. Nous ne sommes plus que 2, Mika et moi. Jérémy, lui, est toujours partant.

Madère – Portugal

Cédric Tassan

Après un voyage sans encombre, dans des aéroports déserts, nous arrivons à Madère dans la soirée. Jérémy nous assure la navette jusqu’à notre fabuleux appartement surplombant l’océan et ses vagues énormes qui font un raffut du tonnerre ! Nous nous endormons très vite, le réveil est matinal. Il faut monter nos bikes rapidement. Puis, nous partons pour nos premiers trails. Jérémy est bien rôdé, il a son chauffeur Ricardo et son jeune guide Claudio. A l’arrière, posés sur la ridelle matelassée, les vélos sont bien calés. Nous prenons de la hauteur, il fait beau et chaud. Il est 9h, nous sommes sur les hauteurs, à plus de 1000 m d’altitude. La vue sur l’océan et le mer de nuages est fantastique. La journée s’enchaîne sur une ribambelle de shuttles. A peine arrivés en bas, on grimpe dans le véhicule pour rouler un nouveau trail. Jérémy et Claudio connaissent les sentiers comme leurs poches. Ils ont tous des noms : Formiga, Carreta, Sandokan, Rabbit, Redline, Black line, Fox, Avalanche, High Voltage. A chaque fois c’est la claque. Les trails sont shappés à la perfection, les locaux font un travail remarquable. Ce n’est pas étonnant que Madère soit La destination enduro du moment. C’est du VTT moderne que l’on vient chercher ici. Tout est travaillé pour le bike, on ne roule pas sur des sentiers piétons mais vraiment sur des pistes plus ou moins aménagées. Quand l’île devient un immense bike park ! Les jumps font partie du ride, mon pote Mika est dans son élément, il avale les gros road gaps sans broncher

Le lendemain, nous partons pour une belle aventure. Le camion nous dépose à Encumeada, un col de 1000 m, situé au bout d’une profonde vallée qui permet de basculer sur le versant nord de l’île et ses immenses forêts mythiques et protégées de lauriers. Nous commençons la journée en suivant une levada, un canal d’irrigation qui amène l’eau sur l’île là où elle manque. On en recense plus de 2000 km dans l’île ! Ce réseau linéaire constitue un maillage très recherché pour la randonnée pédestre. Cela permet de franchir des vallées et des crêtes escarpées sans prendre de dénivelé ! La balade est assez bucolique même si régulièrement, il faut rester vigilant pour ne pas tomber dans la levada. Certains passages sont très très étroits… Brutalement le canal s’arrête et traverse la montagne. On s’engouffre alors dans le tunnel. Nous sommes 4 et pour nous éclairer, seulement 2 petites veilleuses ! Le trottoir est très étroit, il faut souvent porter les vélos au-dessus de l’eau. Je fais glisser ma roue avant le long de la margelle, cela me donne le gabarit pour poser mes pieds. C’est assez pénible car parfois il faut se vouter, les tunnels ayant été creusé à la main. De l’autre côté, on entre dans le monde de Jurassic Park! Changement radical d’ambiance : jungle, cascades, fougères… Nous passons un deuxième tunnel, plus délicat que le premier. Jérémy nous assure que nous ne serons pas déçu par le trail. Et sincèrement, c’est la claque ! Nous dévalons dans un goulet rempli de tourbe, ça file vite, on monte sur les murs de chaque côté, la terre gicle derrière les pneus. C’est un toboggan naturel ! Un trail comme jamais je n’avais roulé. Nous poursuivons dans la foulée par une piste d’enduro qui coupe à de nombreuses reprises une DH. C’est toujours aussi fun, ludique, même si plus technique qu’en haut. Nous terminons par la route jusqu’à Sao Vincente, lové sur le versant nord de l’île. Nous voici à nouveau au bord de l’Altantique. Nous filons le long de la côte jusqu’à Ribeira de Janela. Ici, l’océan a découpé la terre en une lame rocheuse qui trône au milieu de l’eau. Entourés de quelques ilots, ce pic noir donne des allures de paysage du bout du monde. Nous grimpons à nouveau dans la montagne pour atteindre le plateau magnifique de Fanal. Les locaux appellent l’endroit la forêt enchantée. Ici les lauriers sont centenaires.

Leurs formes tortueuses et leurs disparité rappellent la savane. Ces arbres qui préfigure la forêt primaire de l’île sont protégés. C’est d’ici que début un trail center construit il y a quelques années par Jérémy et son équipe. Et quel travail ! Des trials magnifiques sillonnent dans de belles forêts. La pente étant assez faible, les trail builders ont plutôt jouer avec les virages plutôt que de tirer tout droit. Au lieu de couper les arbres qui barrent le sentier, ils les ont contourné, aménagé des rampes en terre pour passer par dessus… Un travail incroyable ! Si je vous dis que Madère nous a réservé une surprise incroyable le lendemain… Il s’est mis à neigé sur les hauteurs et nous avons pu rouler dans une ambiance que peu de riders de passage ont pu apprécier !